HISTORIQUE
D'après un proverbe chinois, tous les arts martiaux connus sous le ciel sont nés à Shaolin, ville célèbre de la province du Hénan en Chine, plus connue pour son temple bouddhiste plutôt que pour sa cuisine… Bien sûr, la réalité est un peu différente… Mais ce dicton illustre bien l'importance du Temple sur le plan des arts martiaux. L'histoire et la légende s'accordent pour faire du célèbre monastère le centre du développement du Kung-Fu.
Le Temple de Shaolin est situé dans la province du Hénan, à environ 700 Km au Sud de Pékin. La ville de Luoyang, située à une centaine de kilomètres de Shaolin, sera pendant près d'un millénaire la capitale de l'empire jusqu'à l'arrivée de la dynastie Tang (618-907)! Cet endroit est l'un des plus sacrés en Chine. Quatre chaînes de montagnes s'étendent aux quatre points cardinaux. Au centre se trouve le Song Chan (Montagne du Centre); pour les chinois, il s'agit du centre du monde!C'est là, au pied du versant ouest, que l'empereur Hsio Wen fit construire en 495 le TEMPLE DE SHAOLIN en l'honneur d'un moine indien, BATUO (FOTUO en Chinois). Le nouveau Temple porte alors le nom de Shaolin Shi (Monastère de la petite Forêt), et l'empereur lui décerne le titre de premier monastère sous le ciel.
D'après la légende,
au VIème siècle, un moine indien originaire de Kanchipuran, dans la
région de Madras, se rendit à la Cour Impériale Chinoise, à Nankin. Troisième
fils du roi de Madras, Bodhidharma (Po Ti Ta Mo ou Tamo en chinois) était
le 28ème patriarche bouddhiste. Son entrevue avec l'empereur Wu fut
un échec total!
Bodhidharma (dont on peut voir une représentation ci-contre) traversa alors le fleuve jaune, sur un roseau d'après la légende, et se réfugia au Monastère de Shaolin… Là, mortifié par son échec, il resta 9 ans en méditation dans une grotte, face à un mur…Un jour, furieux de s'être assoupi, il se coupa les paupières et les jeta à terre: elles donnèrent naissance à un théier. Après 9 ans de méditation, Bodhidharma connut l'illumination et décida d'enseigner une nouvelle doctrine; le Chan (Zen en japonais) qu'il définit ainsi: "Voir dans sa propre nature pour atteindre l'éveil."
Trouvant les moines dans une condition physique déplorable les empêchant de pratiquer correctement la méditation, Bodhidharma leur enseigna une série de 18 mouvements destinés à fortifier le corps et l'esprit: les 18 mains des disciples du Bouddha (Shih Pa Lohan Sho)… Ces 18 exercices, répertoriés dans un ouvrage dont l'auteur présumé est Bodhidharma, constituent la base de ce qui allait devenir…LE KUNG-FU DE SHAOLIN!!! Déçu de voir que les moines préféraient l'aspect martial de son enseignement, Bodhidharma décide alors de quitter le monastère…En 557, on le dit mort: mais dans sa tombe, on ne trouvera qu'une sandale et une robe… Des témoins le verront en route vers l'Inde, chevauchant un tigre et chaussé d'une sandale!
Une bien belle légende , n'est-ce pas? En fait, les techniques de combats à mains nues existaient en Chine bien avant l'arrivée de Bodhidharma. Contrairement à la légende, il n'introduisit pas les arts martiaux au Temple de Shaolin. Par contre, on lui doit la création du Bouddhisme Zen (Chan en chinois), qui allait fortement influencer l'évolution des arts martiaux japonais…De plus, pour les chinois, Bodhidharma reste celui qui leur amena la notion de Vertu Martiale (Wute). Avant lui, on ne pensait qu'à se battre… Tamo (son nom chinois) donna un nouvel élan aux arts martiaux en expliquant que ceux-ci devaient développer autant le corps que l'esprit… Tout un programme pour l'époque!!!
Mais l'histoire de
Shaolin ne s'arrête pas avec Bodhidharma (ci-contre, l'arbre de la sagesse de
Bodhidharma). En 630, l'empereur Tai Tsung fait appel aux moines de Shaolin pour
l'aider à repousser les Mongols… Dans la légende, on dit que le Temple n'envoya
que 5 de ses moines-guerriers pour combattre une horde Mongole forte de 500
hommes! En fait, on ne connaît pas le nombre exact d'hommes dans les deux
armées… La seule chose de sûre, c'est que dans la légende comme dans la réalité,
l'armée Mongole fut anéantie. L'Empereur se rendit alors au monastère, annoblit
17 moines et leva l'interdiction de consommer de la viande et du vin et autorisa
le Temple à former 500 moines-guerriers! Tai Tsung propose aux moines des
charges à la cour mais ceux-ci refusent en disant: "Maintenant que le monde
est en paix, nous rentrons au monastère, mais si le pays a besoin de nous un
jour, alors nous livrerons combat à nouveau!". L'Empereur conféra au Temple
le titre de premer monastère de l'Empire. La création de la première forêt de
pagodes date de cette époque…
Le Temple connut une histoire mouvementée… Il subit la destruction des 3 Wu qui ordonnèrent sa destruction par décret: Tai Wu Ti (556), Zu Wu Ti (692) et Zu Zhong (884)… Il fut également détruit en partie par des bandits en 589, abandonné en 890 lors de l'abolition des monastères, puis de 960 à 975 par décret impérial… Après une période de déclin, le Temple de Shaolin retrouve son éclat sous la dynastie des Ming (1368-1644), où il entretient des liens privilégiés avec la Cour Impériale. Le moine Chang Wo (1376-1428) parcourt Okinawa, la Malaisie, le Vietnam, la Corée… L'influence de Shaolin sur le plan des arts martiaux va se faire sentir dans toute l'Asie.
C'est
en 1644 que la dynastie des Ching s'installe au pouvoir, c'est la fin des Ming.
En 1660, un légaliste Ming, Kouo Sing Ye (Koxinga), mène la rebellion contre les
Mandchous et prend la ville de Nankin, avec le soutien de Shaolin. En 1662, Kang
Hi, un nouvel empereur, monte sur le trône. Il entreprend aussitôt la reconquête
du Sud de la Chine. Des monastères suspects sont rasés, des milliers de rebelles
executés… Kang Hi offre un panneau de bois laqué ornant toujours l'entrée du
monastère; Shaolin s'incline devant ce nouvel Empereur. Mais en 1736, Kien Long
(petit fils de Kang Hi, nouveau maître de la Chine) décide d'en finir avec le
monastère, centre de nombreuses rebellions: le Temple Shaolin du mont Song est
investi et en parti détruit. Seuls 5 moines parvinrent à en réchapper (les
moines comme ci-contre, ont beau être des experts dans l'art du combat, ils n'en
sont pas moins des hommes)… Ils donneront naissance à 5 styles: Hung Gar, Liu
Gar, Choi Gar, Li Gar et Mo Gar.
Il existe une certaine confusion concernant l'existence et la destruction du Temple. En fait, il y eu jusqu'à 5 monastères qui portaient ce nom. Le plus célèbre étant bien sûr celui du Hénan, ou Bodhidarma vint enseigner le Chan. Il y eu ensuite celui du Fukien (sud de la Chine) plus un troisième monastère situé dans la province du Hebei (au bord du lac Honglong). Enfin 2 autres temples, un situé dans le Fukien et l'autre dans le Sichuan furent entièrement détruis sous la dynastie des Ching. Comme tout ces monastères furent détruits, brûlés et reconstruits à plusieurs reprises au cours de leur histoire il s'en suit une confusion inévitable. Néanmoins, quand un maître chinois fait référence au Temple de Shaolin, il parle de celui du Hénan (où Bodhidarma, représenté ci-contre, a enseigné). Ce célèbre monastère a lui aussi été en partie détruit et restauré à plusieurs reprises. Sous le règne de l'empereur Kang Hi (1662-1722), de nouveaux bâtiments furent construits, dans lesquels on peignit des fresques martiales. Deux de ces fresques nous sont parvenues: peintes entre 1640 et 1800, elles représentent des moines à l'entraînement. Ces peintures sembleraient ajouter foi à la légende qui veut que les Indiens soient venus enseigner les arts martiaux. En effet, les maîtres y sont représentés comme des hommes à la peau foncée. Autre relique émouvante: les creux laissés dans le sol, dit-on, par les moines au cours de leurs entraînements, et qu'on peut voir dans la salle dite des 1000 Bouddhas.
Le Temple de Shaolin du Hénan cessa d'être un centre religieux en 1928. Un seigneur de la guerre, Fang Chung Hsueh, en avait fait sa base. Attaqué par le général Hi Yousan, il évacua le Temple avec les moines. Fou de rage, Hi Yousan fit brûler les archives du monastère, et notamment celles qui se rapportaient aux arts martiaux. Par chance, les principaux bâtiments furent épargnés par le feu…
En 1966, le Temple
Shaolin du Hénan subit quelques dégradations de la part des Gardes Rouges, mais
rien de très sérieux. A l'époque les arts martiaux étaient dénoncés comme
pratique féodale. Depuis la fin de la Révolution Culturelle, les choses ont bien
changé; désormais, les autorités chinoises cherchent à promouvoir le Wu Shu,
version sportive de l'art martial, et même à en faire devenir une discipline
olympique. Dans cette optique les arts martiaux ont été réhabilités! Le Temple
de Shaolin du Hénan a ouvert ses portes au public en 1978. Des travaux ont été
entrepris pour sa restauration. On a créé une sorte de musée en plein air, où
des mannequins de bois retracent l'histoire du monastère… En 1987, Shaolin a
reçu 2 millions de visiteurs, chinois en grande majorité… Avant 1984, n'importe
qui pouvait devenir moine; depuis cette date, le gouvernement choisit les
postulants dans une académie bouddhiste. Il existe 2 sortes de moines: ceux qui
résident au monastère en suivant les préceptes du Bouddhisme (ceux-là ont fait
vœux de pauvreté, obéissance et chasteté), et ceux qui viennent seulement
étudier auprès des moines: eux peuvent se marier et mener une vie normale; ce
sont les maîtres-disciples des moines de Shaolin. La photo ci-contre présente
une petite partie des moines-guerriers avec des armes traditionnelles et le
fameux panneau en bois laqué, offert par Kang Hi , ornant l'entrée principale du
temple.
Aujourd'hui, conscientes de l'intérêt suscité par les arts martiaux chinois auprès des occidentaux, les autorités de la province du Hénan ont ouvert en septembre 1988 le centre de Kung Fu de Shaolin. Situé tout près du célèbre monastère, ce centre comprend hôtel, restaurant et… salles d'entraînement! Il est destiné à accueillir des stagiaires chinois et occidentaux; alors si vous êtes intéresser: bon voyage et bon entraînement!
STYLES
Ces différents styles sont divisés en 3 grandes familles: internes, externes et mixtes. Ces boxes s'expriment soit comme des boxes de comportements (ex: Boxe de l'Homme Ivre) ou d'attitudes en imitant les animaux (ex: Singe, Tigre, Serpent, Grue…). Enfin, ces styles sont divisés en boxe du nord (Chang Quan) et boxe du sud (Nan Quan); la première est réputée pour ces techniques de jambes et de sauts qui en font un style spectaculaire très apprécié des jeunes (magnifique lors des compétitions techniques), la deuxième est connu pour ses techniques de bras, de pas fermes et de mouvements vigoureux; il est sûrement à l'origine directe des arts martiaux japonais et du "Kiai" (cri émit par la plupart des pratiquants japonais lorsqu'ils portent un coup puissant). Souvent l'exécutant émet un cri puissant sur un moment plus explosif que les autres.
On admet qu'il existe en Kung Fu une centaine de styles de bases, ce qui avec leurs variantes nous amènent à plus d'un millier de styles différents! Même les Chinois s'y perdent: par exemple, le style de la "Mante Religieuse" crée par Wang Lang au 17ème siècle s'est divisé par la suite en: mante à 7 étoiles, mante au lotus, mante au 6 combinaisons, mante de la porte secrète, mante à l'anneau de jade, mante aux 8 pas, Tai Chi de la mante, mante rigide… et j'en passe!Partant des mêmes bases, chacun de ces styles a ses spécificités et s'attache sur un point particulier. Ainsi la "mante aux lotus" se caractérise par des enchaînements de 5 coups de poing semblables aux 5 pétales du lotus, tandis que la "mante de la porte secrète" se distingue par des attaques portées avec le coude à courte distance en posture très basse…
STYLES INTERNES
Les styles internes mettent l'accent sur la maîtrise des éléments internes dans la pratique, notamment le qi (prononcé "tchi"). Ce groupe est nommé Nei Jia et est caractérisé par des mouvements lents, ronds et doux… Ces styles mettent l'accent sur 3 points clefs:
Nous n'aborderons que les 4 styles internes principaux car ils constituent la base des autres:
Taiji Quan
Le Taï Ji Quan (Taï = Le Suprême, Ji = Le fait, Quan = Le poing, traduit généralement "Boxe du Faîte suprême"), à la fois pratique de santé, méditation en mouvement, travail sur l'énergie interne et art martial, est le principal style interne du Wushu. Cette boxe de l'énergie est le principal style interne de kung fu. Sa création est attribuée à un ermite taoïste du 13ème siècle: Tchang San-Fong. Cet ermite vécut au mont Wou Tang (connu de longue date comme le haut lieu du taoïsme). Tchang aurait d'abord pratiqué la boxe de Shaolin avant d'en développer une forme plus souple, fondée sur les principes taoïstes du "contrôle du souffle". Selon une autre version, le Taiji fut créé au 17ème siècle (au début de la dynastie des Ch'ing), par le maître Tch'en Wang-T'ing. Pendant longtemps, ce Taiji fut réservé aux seuls membres de sa famille qui formaient alors une milice protectrice de leur village… Autrefois c'était un art martial à part entière, aujourd'hui, il s'agit surtout d'une gymnastique énergétique.
Le Taiji
(diminutif de Taiji Quan) se divise en 2 grandes familles; le premier, le style
Chen, est fondé sur les mouvements en cercles et courbes avec des accélérations
et des ralentissements soudain: l'énergie est diffusée au niveau de la hanche...
Ceci permet au pratiquant d'accumuler son énergie, de la mobiliser et de
l'utiliser à son gré pour se recentrer, se détendre, améliorer sa vitalité,
développer sa concentration ou tout simplement vivre plus pleinement son
quotidien. Le deuxième, le style Yang, est plus lent et monotone et se
particularise se par la décontraction des postures (Pratiquant du style Yang
ci-contre)… Resté plus proche des caractéristiques antiques, le style Chen
associe l'énergie à la souplesse, l'accélération au ralentissement, afin de
respecter la loi de polarité du Tai Ji qui garantit l'équilibre dynamique. Les
mouvements souples et ralentis expriment le Yin .tandis que les mouvements
énergétiques et accélérés expriment le Yang.
Xingyi Quan
Si le Bagua Zhang est l'art du cercle, le Xingyi est celui de la ligne droite; c'est un art de l'énergie favorisant les mouvements directs et le combat rapproché. Le terme Xingyi Quan signifie "boxe de la forme et de la volonté". Les premiers maîtres de cet art se sont distingués comme gardes du corps ou convoyeurs de fonds. Ce fut le cas notamment de Li Neng-Jan, dont le seul nom suffisait à décourager d'éventuels agresseurs. L'un des élèves de Li, le fameux Kouo Yun-Chen, marqua un tournant décisif dans l'évolution de la méthode. Kouo fut ainsi réputé pour la puissance de ses attaques, en particulier un coup de paume qui le fit surnommé Paume Divine ou Paume Démoniaque. Kouo affronta le grand maître du Bagua Zhang, Tong Hai-Tch'ouan et l'on raconte que de ce combat naquit un pacte selon lequel Xingyi Quan et Bagua Zhang seraient désormais enseignés de façon complémentaire.
Bagua Zhang
Le Bagua Zhang est un style utilisant surtout des déplacements circulaires. Le pratiquant se déplace en suivant un cercle imaginaire sur le sol, en croisant et décroisant les jambes, tout en effectuant des mouvements de bras circulaires, selon un rythme fluide et continu. Le terme de Bagua signifie 8 Trigrammes et il fait directement référence aux figures (trigrammes ou hexagrammes) du fameux classique chinois, le Yi-King ou Livre des Mutations. Le terme Zhang signifie la paume, car dans ce style, la main ouverte est beaucoup plus utilisée que le poing fermé.
Comme pour le Taiji Quan, il existe aujourd'hui plusieurs styles différents de Bagua Zhang, mais se retrouvant généralement dans le pas croisé ci-contre, typique des déplacements en cercle de cet art dont les mouvements de marche en cercle sont certainement parmi les plus insolites dans les arts martiaux orientaux…
Le style aurait été créé au 18ème siècle mais le nom du fondateur reste inconnu… Cette marche en cercle est issue de l'une des branches du taoïsme, appelée Long Men Pai (La Porte du Dragon); ses adeptes avaient coutume de s'adonner à cette pratique comme exercice énergétique de santé et pour éveiller l'esprit… C'est d'ailleurs auprès d'un taoïste que le maître Tong Haï Chuan, premier grand maître incontestable du Bagua (19ème siècle), a appris cette méthode. On ne sait pas si c'est à lui personnellement que l'on doit les techniques de combat dans cet art ou bien aux taoïstes auprès desquels il les aurait apprises. Mais cette façon de marcher si particulière, est bien originaire des taoïstes. Les taoïstes avaient l'habitude de marcher de cette façon, en veillant à la perfection de leurs postures, à la tranquillité de leur esprit et au relâchement de leurs mouvements. Il s'agit donc bien d'un exercice de Qi Gong dynamique.
Qi Gong
C'est l'art qui est
au coeur de la culture chinoise. Ses liens sont intimes avec la médecine
traditionnelle chinoise et la philosophie, fondements de sa théorie et de son
efficacité. Les arts martiaux lui doivent leurs aspects internes, non violents:
la culture de l'énergie et la concentration du mental. Technique de longévité,
c'est au travers de posture aux mouvements souples et harmonieux, alliant la
respiration et le travail de l'esprit que le Qi Gong favorise la libre
circulation de l'énergie, l'apaisement des émotions et l'équilibre physique. En
Chine, c'est un des arts les plus pratiqués... Il est souvent enseigné dans les
jardins publics à des groupes et pas seulement à des personnes âgées!
Le Qi Gong, ou gymnastique chinoise de santé est une pratique énergétique utilisée depuis des millénaires par le peuple chinois pour maintenir ou améliorer la santé ou pour développer une plus grande puissance dans les arts martiaux. Ses pratiques, qui se perdent dans la nuit des temps, sont influencées par le taoïsme, le confucianisme, le bouddhisme et les sciences médicales. Il existe des Qi-Gong taoïstes, bouddhistes, confucianistes, médicaux, initiatiques et "martiaux".
La base est la capacité à respirer par le ventre, afin de "libérer le cœur". Le
point Qi Hai, sous le nombril, est placé sur le premier Tan Dian ("champs du
cinabre"), le second est au niveau du plexus solaire, le troisième est entre les
deux yeux. Le Qi Gong prend également en compte les méridiens d'acupuncture, et
tous les concepts annexes : cinq éléments, règle mère-fils, etc. Le pratiquant
avancé est capable de diriger son énergie sur les "petites" et "grandes
révolutions" (le souffle suit la colonne vertébrale en montant et descend sur la
ligne centrale de la face antérieure du corps).
Le but du Qi Gong est de cultiver la santé, l'équilibre, et éventuellement de
guérir certaines maladies.
Dans les méthodes martiales, on condense le souffle et on se frappe
progressivement avec des matériaux divers pour s'endurcir le corps. Dans ce cas,
on prévient les lésions par le Qi Gong "doux" c'est à dire médical, et on les
répare par des potions médicales à usage externe. En Chine, il est difficile de
distinguer les méthodes tant elles sont nombreuses.
Qi signifie énergie et Gong signifie travail,
Qi Gong signifiant donc le travail qui consiste à augmenter ou contrôler la
circulation de l'énergie à travers le corps.
Les mouvements du Qi Gong sont effectués sans effort musculaire et sans
accélération du cœur et de la respiration. Au contraire, la respiration se
ralentit, favorisant la détente et l'éveil de la conscience. Une pratique
régulière du Qi Gong permet de développer la connaissance intérieure de son
corps et d'avoir une perception plus subtile de son environnement, de retrouver
le lien avec la nature et les forces opposées et complémentaires qu'elle met en
action comme le Yin et le Yang.
Parmi les multiples bienfaits du Qi Gong, citons:
- La détente, la relaxation
- L'assouplissement des articulations
- La tonification des structures ostéo-articulaires
- La puissance dans l'effort musculaire
- Le développement de la concentration
- L'accroissement de l'énergie vitale.
Citons également les autos massages qui constituent un moment important dans la séance de Qi Gong. Ils concernent le visage et les 7 orifices (bouche, nez, yeux, oreilles), le cou et le thorax, les reins, le ventre et les membres. Pratiqués en début de séance ou le matin, ils permettent de mettre en route l'énergie et stimulent la circulation des méridiens. En fin de séance, ils permettent à l'énergie accumulée de se répartir de façon harmonieuse.
STYLES MIXTES
On appelle styles "mixtes", les styles à la frontière des pratiques internes et externes… Ils sont peu nombreux; certains les considèrent comme externes d'autres internes: à chacun de les juger selon sa propre opinion. Nous prendrons les 3 plus connus:

Yi
Quan: a comme particularité l'absence de formes préétablis (Taos). Il est
aussi connu sous le nom de Dacheng Quan. A partir des postures particulières du
Qi Qong, le pratiquant va se mouvoir spontanément dans une alternance de
lenteur, de rapidité et d'explosion, seul ou avec un partenaire. Souvent
considéré comme l'une des meilleurs synthèse de toutes les boxes... Sa finalité
n'est pas le sport mais le combat réel; or, dans ce cas, l'adversaire ne porte
pas les coups dans un ordre convenu: il faut donc être apte à répondre à
n'importe quelle attaque. La grande idée de cet art est de réveiller des
automatismes instinctifs et de libérer les fonctions d'auto-défense de l'homme:
en clair, il faut se plonger dans la faculté de combattre en situation de
survie! Par exemple: une femme qui se fait agresser par un voyou va rapidement
perdre ses moyens et devenir une "proie" facile. En revanche, si le voyou a la
mauvaise idée de s'en prendre à sa progéniture, la mère va devenir une furie!
Tout ceci a une explication; l'instinct maternel a court-circuité la pensée et
l'action est devenue spontanée. Dans cette optique, le Yi Quan propose des
exercices amenant l'esprit à "lâcher prise", ce qui permet d'exécuter d'un seul
coup, sans réfléchir, des gestes qui sauvent. Cet art vise à un "esprit
véritable" par la force de caractère, l'audace et l'absence de peur...
Tui
Shou: Littéralement: 'Se pousser (Tui) avec les
mains (Shou)".
A la base, ce type d'affrontement est spécifique des styles internes.
Techniquement les Tuishou visent à développer les capacités d'écoute,
d'absorption, d'accompagnement afin "d'emprunter" la force de l'adversaire et de
la retourner contre lui. Le Tuishou est un élément important dans l'art du
combat chinois, car il inclut la notion de distance rapprochée. Actuellement il
existe un système de compétition où les adversaires sont dans un cercle de 6
mètres de diamètre avec un cercle intérieur 0,90 m. Les protagonistes peuvent
utiliser les techniques suivantes: Peng (parer), Lu (tirer), Ji (presser), An
(appuyer). La principale difficulté étant d'arriver à un total relâchement de
toutes les tensions physiques tout en adhérent totalement aux mouvements de
l'adversaire. Souvent considéré comme très proche du Wing Tsun, il possède des
particularités assez semblables comme l'important travail réalisé surtout au
niveau des mains (logique!).

Shuai
Jiao: appelé également lutte chinoise. Le Shuai
Jiao, bien que discipline indépendante du Wushu, est certainement le style de
combat le plus antique qui fut pratiqué à des fins d'efficacité en situation
réelle. La technique actuelle a été structurée sous les Qing (1644-1912) avec
l'apport de différentes écoles de lutte comme la lutte mongole, la lutte Hakka
(ethnie du sud), la lutte Yi (ethnie du nord), la lutte Mandchoue, etc. Elles
ont été synthétisées à la cour impériale de Pékin dans un institut (Shanpuying)
qui regroupait plus de 300 lutteurs, constituant la garde personnelle de
l'empereur. En 1911, à la dissolution de cette institution, les maîtres lutteurs
se dispersèrent aux quatre coins de la Chine pour répandre et vivre de leurs
connaissances martiales. Certains d'entre eux entrèrent au service de seigneurs
de la guerre locaux! La lutte chinoise se partagea en 3 courants: le Baoding, le
Beijing, le Tianjin. Ces villes devinrent les zones d'influences de la lutte
chinoise. En France nous avons découvert cette discipline en 1987 grâce au
Maître Yuan Zumou, pionnier en Europe qui développa le Shuai-Jiao par le biais
de nombreuses démonstrations et rencontres sportives. On le considère comme
l'ancêtre direct du judo. L'originalité du Shuai Jiao est de réunir une pratique
autant interne qu'externe alliant la puissance du tigre, la fluidité et la
rapidité du serpent. Les pratiquants peuvent retrouver les significations de
telle ou telle attitude effectuée dans un Taolu du Nord ou du Sud, ou bien du
singe… Le Shuai Jiao ancien combinait les techniques frappés pieds-poings
enchaînées par des saisies et des projections. C'est un art très efficace en
self-défense…
STYLES EXTERNES
Les styles externes (Wei Jia) s'intéressent au développement corporel et à l'efficacité en combat réel… Ils sont beaucoup plus nombreux que les styles internes et utilisent un véritable arsenal par rapport à ces derniers… Comme on l'a vu précédemment ils se divisent en boxes d'attitudes, comportements et du nord ou du sud…
Nous allons nous intéresser à 3 styles:
Wing Chun
Il s'agit sans aucun doute de l'art qui a inspiré Bruce Lee. Selon une première version légendaire, le style fut créé par la nonne bouddhiste Ng Mui, experte en Boxe de Shaolin. Après avoir observé un combat opposant une grue à un serpent, elle élabora de nouvelles techniques qu'elle associa à celles de Shaolin pour créer un nouveau style, plus souple et plus fluide qu'elle nomma "Boxe du Renard et de la Grue". Ng Mui transmit son art à une jeune orpheline, Yen Yong-Tch'ouen (en cantonnais: Yim Wing-Chun). Selon une autre version, rapportée par Wu Bin dans "Essentials of Chinese Wushu", le style fut créé par Yen Yong-Tch'ouen, qui avait étudié la Boxe de Shaolin sous la direction de son père, Yen Sseu. Elle observa un combat entre une grue blanche et un serpent vert et créa son style à partir de ses observations. Toujours d'aprè la même source, Yen enseigna son art à son mari, Leang Po-Tao (en cantonnais: Leung Bok-Cho) avec lequel elle ouvrit une salle d'entraînement à Lien-Tcheng. Par la suite, le couple s'installa dans la province de Kouangtong. Leang eut pour disciple Houang Pao-Houa (en cantonnais: Wang Wa-Bo) qui enseigna à son tour à Leang Tsan. Selon d'autres sources, c'est après la mort de Yen Yong-Tch'ouen, que Leang, qui avait lui aussi étudié le style de Shaolin, élabora une nouvelle synthèse à laquelle il donna le nom de Wing Chun Kuen en hommage à son épouse.
Le plus grand maître
connu du Wing Chun Kuen fut le dernier en date; Yip Man (1898-1972, photo
ci-contre). Né en Chine dans la province de Kouangtong, il étudia 3 formes
différentes du Wing Chun Kuen sous la direction de Tchan Houa Tchouen, Ng Tchong
Sö et Leang Pi. En 1949, il s'installa à Hong-Kong et à la fin des années 1960,
fonda la Hong-Kong Vingchun (avec un V, si, si!) Athletic Association, qui fut
la première association officielle de Wing Chun Kuen du 20ème siècle. A
l'origine, Yip Man réserva son enseignement à un cercle limité de disciples
choisis, par la suite, il changea d'optique et son action, fut à l'origine d'un
rayonnement international du Wing Chun Kuen. Il fut également très célèbre pour
les duels qu'il livra tout au long de sa vie et pour avoir été le maître de
Bruce Lee; on se doute donc de l'impact qu'il a eut sur celui-ci...
Style de la Grue Blanche
Ce style aurait été créé par un femme: Fang Chi Niang! Selon la légende, Fang avait été initiée à la boxe de Shaolin par son père, Fang Huei Shi, ancien moine de Shaolin, ayant dû s'échapper du monastère de Shaolin du Fukien... Un jour, alors qu'elle étendait son linge propre, une grue vint se poser et piétiner le linge. Fang, à l'aide de son bâton, tenta de chasser l'oiseau mais en vain: celui-ci évitait aisément les coups de bâton tout en contre-attaquant du bec et des griffes. Intriguée, Fang se mit à étudier le comportement de l'animal: progresssivement, elle en tira de nouveaux principes qu'elle intégra à la boxe de shaolin, au point de créer un nouveau style! (Cette légende se rapproche de celle concernant l'élaboration d'un autre style de boxe chinoise: le Wing Tsun).
Le style de la Grue
Blanche enseigne surtout le combat rapproché, avec une large prépondérance de
techniques de bras; il s'agit nettement d'un style du Sud. Certaines attitudes
évoquent celles de l'animal ayant servit de modèle à ce style. Une position
caractéristique de ce style est "le pas de la jeune fille": 60% du poids du
corps sur la jambe arrière, 40% sur la jambe avant, genoux fléchis, la pointe du
pied avant dirigée vers l'intérieur. La philosophie de combat de ce style est
résumé par la phrase suivante: "Si tu avances sans frapper, tu es touché; si tu
frappes sans avancer, tu ne touches pas. Il faut donc avancer et frapper en même
temps." Le style d'origine à donner naissance à plusieurs variantes... Il eut
aussi une certaine influence sur le développement du Karaté d'Okinawa (en effet,
4 styles de karaté; Gojo-Rui, Uechi-Ryu, Ryuei-Ryu et Kojo-ryu font référence au
style de la Grue dans leurs ouvrages d'origines!), ainsi qu'en témoignent de
nombreux éléments comme le célèbre Bubishi, ouvrage majeur de l'histoire des
arts martiaux okinawaiens... Il est intéressant de noter que dans ce style tous
les pratiquants portent un pantalon noir et une chemise blanche (comme on peut
le voir sur la photo
Jeet Kune Do
Le Jeet Kune Do (JKD),
ou la voie du poing qui intercepte (=traduction), a été créé par Bruce
Lee (photo ci-contre)... Bruce Lee, de son vrai nom Lee Jun Fan (né le 27/11/40
et décédé le 20/07/73), titulaire d'une maîtrise de philosophie, est sans
conteste le plus célèbre acteur chinois ayant fortement popularisé le Kung Fu
grâce à ces 5 films d'action des années 70 et par la série télévisées le
frelon vert... En 1964, alors qu'il s'est installé à Oakland (USA) et qu'il
y enseigne le Kung Fu depuis quelques mois, Bruce Lee se voit contraint de
relever un défi sous peine de devoir fermer son club... Il combat donc contre un
adversaire qu'il terrasse en quelques minutes: pour lui, ces quelques minutes
sont de trop; il remet alors son Kung Fu en question: l'idée de JKD est née!
Le JKD est un genre d'art
martial chinois qui rejette toute formalité et qui est libéré de la tradition.
Le JKD rejette toutes les formes imposées (pas de taos=enchainements similaires
aux katas) et insiste sur l'utlisation intelligente de l'esprit et du corps pour
se défendre et attaquer... Bruce a appelé cet art ainsi pour bien montrer
l'intention de bloquer l'ennemi à la porte. Bruce s'est inspiré de
nombreux arts martiaux et sports de combat pour créer cet art qui est une
synthèse de toutes les combinaisons les plus utiles et efficaces existantes. La
principale source d'inspiration du JKD est le Wing Chun, seul art martial que
Bruce Lee pratiqua vraiment et assez longtemps (5 ans). Néanmoins, il faut
savoir que Bruce avait une véritable culture du combat avec ou sans arme
(l'utilisation de 2 nunchakus simultanément était une première dans les arts
martiaux et le cinéma, voir photo ci-dessous); on estime que le JKD contient les
techniques de plus d'une trentaine de styles allant de l'Escrime occidentale à
la Boxe Thaïlandaise en passant par la Lutte Gréco-romaine et le Tai Chi Chuan!
Résumé TRES brièvement, voici quelques techniques classiques du JKD avec leurs
inspirations:
Coup de pied direct: Karaté, Kenpo (arts tous 2 japonais) et Taekwondo (art coréen)
Coup de pied circulaire: Karaté et Tang Soo Do (art corén)
Coup de pied latéral: Wing Chun et Karaté
Coup de coude: Wing Chun
Projections: arts martiaux coréens
Esquives: Boxes occidentales et orientales
Garde latérale inversée: Joe Lewis (Champion en Karaté et Kickboxing)
Combat au sol: Luttes
Coups de pieds sautés: arts martiaux chinois pour la plupart
Coup de poing renversé: Joe Lewis
Animaux
De manière générale, les animaux sont biens représentés dans le kung fu: on distingue nettement de quel animal il s'agit en fonction des mimiques du pratiquant, de ses déplacements, de la position de ses mains, de la manière d'asséner un coup... La plupart de ces styles sont généralement issus de l'observation des animaux concernés. On peut observer dans chaque cas des spécifictés au niveau des main: la grue a un bec pointu, le tigre des griffes, le singe est acrobate...
LE TIGRE (HU)

La
boxe du tigre aime à combiner les saisies et les coups de paume. Les saisies
permettent de placer l'adversaire dans une position vulnérable. Cet animal
représente la force, la puissance. Il est généralement très présent dans les
styles du sud faisant plus appel aux techniques de poings.
L'AIGLE (YING)
Boxe connue depuis le 17e siècle grâce à un expert connu sous le nom de Li Quan, un moine maîtrisant le Fanzi Quan, la boxe de l'aigle est réputée pour ces quinna. Les serres de l'aigle agrippent le bras de leur adversaire et aussitôt frappent. Plus encore que dans n'importe quel autre style, la hanche joue un rôle primordial dans la puissance et la vitesse des coups: c'est en effet un point de torsion, jouant le rôle d'un pivot permettant d'accentuer la vitesse et donc la puissance des coups portés.
LE DRAGON (LONG)
Animal mythique,
la boxe du dragon se caractérise par l'action des hanches et de la colonne
vertébrale, ainsi que la combinaison de techniques de saisies et de frappes avec
les griffes du dragon. Animal qui symbolise la force, la suprématie, le feu...
LE SINGE (HOU)
La boxe du singe tend à imiter les mimiques du singe par des grimaces et des positions très basses. La vitesse d'exécution des frappes est très rapide et très courte. Des notions d'acrobaties sont indispensables comme dans beaucoup de boxes shaolin (boxe des culbutes, boxe de l'homme ivre...). C'est un des styles les plus spectaculaire à observer lorsqu'il est bien pratiqué.
LA GRUE (HE)

La
boxe de la grue utilise la colonne vertébrale comme moteur du mouvement, les
techniques de pied sont peu nombreuses, les frappes se font avec les mains qui
imitent le bec de la grue.

LA MANTE RELIGIEUSE (TANG LANG)
Les pratiquants du Tang Lang Quan saisissent le bras de l'adversaire et enchaînent des techniques afin de déborder ce dernier. Les techniques s'alternent de haut en bas, sous tous les angles.
LE SERPENT (SHE)
La main imite la
tête du serpent dressé et prêt à mordre. Le serpent représente la fluidité et la
rapidité. Les frappes sont directes avec le bout des doigts et se font
généralement sur les points vitaux.
LE LEOPARD (PAO)
Animal de la
famille des félins, il représente la puissance et l'agilité. Les doigts serrés
représentent les pattes du léopard, les frappes se font surtout de façon
circulaire. C'est un style plus fluide que celui du tigre.